« L’alimentation « low cost » coûte très cher ! »

Tel est le titre de la dernière tribune de notre ami Olivier De Schutter dans le journal « La libre Belgique ». L’ancien rapporteur spécial de l’Onu sur le droit à l’alimentation (2008-2014) et co-président du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) l’affirme sans détour : «  Depuis cinquante ans, on a prétendu répondre aux attentes des familles les plus défavorisées en encourageant une production alimentaire de masse : l’alimentation « low cost » a fonctionné comme le substitut de fait de politiques sociales plus robustes, qui auraient pu protéger les ménages les plus pauvres de la pauvreté alimentaire. Or cette approche s’avère être un échec patent. »

Il nous invite, dans cet article, à « Réapprendre à cuisiner. Se rappeler que les repas sont un moment de convivialité. Retrouver le plaisir des saveurs. Renouer le lien social, à travers la cuisine et l’alimentation. » Mais il reconnaît également que « Cela demande, en revanche, du temps et de l’organisation, dont les personnes au statut le plus précaire, qui enchaînent parfois plusieurs petits boulots sur la journée et que de longues navettes séparent parfois de leur lieu de travail, ne disposent pas toujours. Cela exige aussi un savoir-faire culinaire en voie de disparition rapide. Et cela suppose une motivation qu’il n’est pas toujours facile de trouver quand l’on vit seul, ou en famille monoparentale, surtout lorsque les membres de la famille ont des horaires différents et variables. » Autant d’enjeux qui sont chers à la fondation Ekibio et que nous essayons de traiter en soutenant un réseau formidable d’associations qui travaillent dur sur le terrain. Ces acteurs du changement, doivent, tout comme Olivier DeSchutter, être salués pour leur ténacité.

Manger moins (et mieux) de viande.

A lui seul le titre de ce petit livre pratique témoigne de toute la mesure de son propos aussi subtil qu’efficace. L’auteur souhaite prendre de la distance avec les débats passionnés pour nous aider à passer à l’action, quelle que soit l’option retenue. En effet plus personne aujourd’hui ne peut ignorer qu’il est urgent de s’emparer de ce sujet dans notre quotidien, mais à chacun de le faire à son rythme et à sa manière. Comment ? Cet ouvrage apporte des réponses simples, dont la force est de s’appuyer, précisément, sur nos différences. Autre particularité de ce livre : ce qui est toujours présenté comme un “moins” (de saveur, de nutriments etc…), Gilles Daveau, son auteur, le transforme en “plus”. A lire et offrir !

Manger moins (et mieux) de viande, Gilles Daveau, collection Je passe à l’Acte, 2017.

Brèves de Novembre

 

1/ La Fondation Ekibio soutient les Incroyables Comestibles.

L’intervention de François Rouillay (initiateur des Incroyables Comestibles en France) à la Bio dans les Etoiles en 2014 avait suscité un élan d’adhésion à cette initiative déjà soutenue par la Fondation Ekibio. Nous avons réitéré notre soutien : lors des Rencontres Associations & Philanthropes organisées par le 1% for the Planet France, la Fondation Ekibio a fait un don de 10 000 € remis à François Rouillay, en présence de Audrey Pulvar, Yann Arthus Bertrand, Charles Kloboukoff et Didier Perréol. Vous aussi devenez acteurs de ce mouvement en rejoignant les Incroyables Comestibles près de chez vous.

 

2/ S Eau S.

Tel est l’appel lancé – à l’occasion de la seconde phase des Etats généraux de l’alimentation – par l’UFC-Que choisir. L’association nous alerte sur la qualité de l’eau qui se dégrade encore en France. Sa campagne pointe sans ambiguïté la responsabilité de l’agriculture conventionnelle, qui répand massivement des pesticides. Pourquoi continuer à polluer les écosystèmes avec les pesticides alors même que nous connaissons leurs effets ? Ils sont présents dans la moitié des rivières françaises et dans un tiers des nappes phréatiques. Pour 31 % des nappes souterraines et 53 % des eaux de surface, la norme de qualité nécessaire pour l’eau potable (0,1 microgramme/litre) est dépassée.

 

3/ Monsanto v/s Séralini : les révélations des Monsanto Papers.

Ces documents internes rendus publics dans le cadre d’une action collective aux USA apportent la preuve irréfutable des manœuvres de Monsanto pour obtenir la rétractation de l’étude controversée du biologiste français. Cette dernière, initialement publié dans la revue Food and Chemical Toxicology, avait fait grand bruit. Mais l’article était finalement étrangement retiré un an plus tard, officiellement parce que les résultats étaient soudainement jugés peu concluants. En réalité Monsanto recourait en sous-marin à tous les moyens possibles pour faire taire ses contradicteurs.

 

Les « Familles à Alimentation Positive »

En France la cuisine est un sujet qui touche tout particulièrement à l’identité, à la fierté. Dans ces conditions, prétendre faire évoluer les pratiques alimentaires (saison, proximité, bio etc…) peut être perçu comme une intrusion. Aussi, quelques soient les populations que l’on souhaite accompagner, les objectifs fixés et la méthodes doivent être calibrées avec délicatesse et humilité… pour espérer des résultats ambitieux. Le programme Défi familles à alimentation positives, que s’apprête à lancer le GRAINE Centre-Val de Loire (réseau régional d’éducation à l’environnement) semble avoir compris cet enjeu. L’un des signes qui permettent d’être optimiste à propos de ce programme est son choix de passer par les centres sociaux et associations locales : ils inviteront eux-mêmes les familles à participer à ce défi, afin de toucher un très large public, y compris les familles défavorisées. Il s’agit du premier Défi Familles à Alimentation Positive à l’échelle de la région Centre-Val de Loire. 150 familles du territoire seront amenées à se questionner sur leurs habitudes alimentaires, découvrir l’alimentation biologique, locale et de saison, comprendre les enjeux environnementaux et de santé liés à cette thématique et s’approprier de nouvelles pratiques. Les organisateurs parient sur une approche ludique, ancrée localement et adaptée à chaque foyer, pour la prise en compte de ces enjeux. Les objectifs visés semblent atteignables : accompagner les familles vers +30% de produits biologiques et +20% de produits locaux dans leurs achats, sans alourdir le budget qu’ils allouent habituellement à l’alimentation. Plus largement il s’agit de rendre accessible à tous la possibilité de « bien manger », d’impulser une transition alimentaire et agricole afin d’avoir un impact sur la pollution des eaux et des sols en consommant des aliments sans pesticides, mais aussi de favoriser le lien social, entre consommateurs et producteurs comme entre les consommateurs. A terme, cela pourrait aboutir à la mise en place d’AMAP, de Cantines des parents, de jardins partagés etc… Une action à suivre de prêt !

Gaël Faure : chanteur, colibris et ardéchois

Ceux qui viennent régulièrement à la Bio dans les Etoiles – notre événement phare qui fêtera ses dix ans au printemps prochain – savent que la Fondation Ekibio a ses racines en Ardèche. Aussi nous sommes particulièrement sensibles au travail du chanteur Gaël Faure qui, à travers des textes et des musiques à la fois simples et aussi fins et subtiles que de la dentelle, nous immergent dans les paysages ardéchois et nous entraîne dans un retour à la terre, une immersion naturaliste, un voyage dont on aimerait ne pas revenir. Mais la fibre verte de cet artiste ne s’arrête pas là : il est impliqué aux côtés des Colibris et ce de manière très concrète. Il a notamment participé à la tournée « Le chant des colibris » avec Alain Souchon, Matthieu Chedid ou encore Dominique A. « Je me suis engagé auprès d’eux parce que j’étais en total accord avec leur philosophie » répond-il a la journaliste de Kaizen qui l’a récemment interrogé à ce propos. « J’ai réalisé que l’on prenait beaucoup à la terre sans forcément lui rendre, alors qu’il faut la soigner et la respecter, retrouver un rapport sain entre l’humain et la nature. Car à notre échelle, à notre manière, on peut faire notre part. » Le lien à la terre semble une composante à part entière de l’ADN du jeune chanteur qui est fils d’agriculteur et a intitulé son prochain album Regain et le premier extrait à découvrir : La saison. Pour en savoir plus, lisez son interview pour Kaizen ici et écoutez sa musique :

Gaël Faure : la musique pour questionner notre rapport au vivant